Mon rêve est sur le Chemin

Pour des pèlerins, la marche est une seconde nature, la sédentarité une incongruité. Le confinement, aujourd’hui imposé, et son cortège de souffrances provoquées, de peurs ressenties, d’émotions exacerbées ne peut pas, et ne doit pas rester inutile. Il faut lui donner un sens. C’est une manière de préparer la résilience.

Le confinement peut-il être l’objet d’un éloge ? J’aime la réponse de David Le Breton, que voici :

« Pour une minorité de personnes, le confinement peut être une forme de disparition de soi heureuse, l’opportunité d’être dégagé de responsabilités, sociales, professionnelles, amicales, familiales, une manière de reprendre son souffle. Mais pour l’immense majorité, c’est une grande souffrance personnelle. Il faut vivre pendant des jours et des semaines les uns sur les autres dans des appartements ou des maisons souvent trop petits. 

Ce n’est pas la même chose que de se retrouver le soir après une journée de travail, d’école ou de passer du temps ensemble en vacances. Il n’y a plus le plaisir de se retrouver, chacun ne dispose pas d’un temps à soi ou d’une chambre à soi. Ici, l’impératif est d’être ensemble avec une difficulté à avoir des moments d’intériorité à soi. On est dans une permanence de la présence de l’autre qui est plutôt une contrainte douloureuse, une sorte de banalisation. Dans la vie courante, se retrouver est toujours une forme de sacralité, mais ce n’est plus le cas dans la contrainte d’être sans cesse ensemble. 

 Certes, la solitude peut être choisie, revendiquée, énormément d’hommes ou de femmes se sentent encombrés de la présence des autres mais la rançon du confinement, c’est plutôt l’isolement et une violence extrême. Des personnes âgées, d’autres souffrant de handicaps, de maladies chroniques, se retrouvent isolées. Des milliers d’enfants maltraités au quotidien n’ont plus d’occasions de souffler en allant à l’école, en retrouvant des copains, des adultes. Ils sont prisonniers de leurs prédateurs, de familles maltraitantes, qui les harcèlent, les punissent, les contraignent toute la journée. Les femmes battues aussi, dont le nombre ne cesse d’augmenter, souffrent terriblement, car ce confinement accentue la domination, la violence masculine.

Pour ma part, je n’ai jamais distingué le physique et le psychique. Nous sommes notre corps et nous pensons avec notre corps tout autant qu’avec notre intelligence. Le confinement accroît maintes souffrances intérieures qui peuvent avoir des conséquences importantes sur la santé dans les mois, les années qui viennent. »

Jouissance du temps, des lieux, la marche est une dérobade, un pied de nez à la modernité. Elle est un chemin de traverse dans le rythme effréné de nos vies, une manière propice de prendre de la distance et d’affûter ses sens (cf. : David Le Breton, dans son livre « Eloge de la marche »). Privés de nos randonnées, pèlerinages et autres balades dans la nature, bien souvent salvateurs, il nous faut patienter et, marcheurs immobiles aujourd’hui,  entretenir nos énergies, car le chemin n’est pas terminé, il se poursuit, après avoir changé, peut-être, de cap. Les leçons apprises sur le Chemin nous servent de guide, le Chemin étant le reflet de nos valeurs. Rêvons comme nous rêvons sur le Chemin…

En fait, le confinement d’aujourd’hui est autant physique que psychologique et spirituel (dans le sens du domaine de la pensée). Ne nous laissons pas enfermer dans un confinement intellectuel et psychologique susceptible d’obscurcir notre jugement et notre avenir. Cette pause dans nos vies, favorable pour la nature et le monde animal, ce temps retrouvé nous donne la possibilité de nous ressourcer, réfléchir à ce que nous sommes, ce que nous avons été, ce que nous allons peut-être devenir, à ce que nous pouvons faire et apporter quand la crise sera terminée. C’est le moment d’apprendre à vivre autrement en se libérant du carcan du conformisme actuel et des conservatismes liberticides, en sublimant notre quotidien, en découvrant des territoires inconnus ou négligés. Toutefois, n’oublions pas que nous devons assumer nos responsabilités, car nous sommes, tous, co-responsables de cet état de fait, responsable de nos paroles et actions vis-à-vis des personnes que nous fréquentons ou que nous croisons. N’oublions pas qu’il nous faut retrouver notre chemin dans le respect des autres et dans le respect de nous-même.

J’ai toujours aimé la lecture et l’écriture. Plaisir et nécessité. Mais aussi pour partager… Pourquoi pas ?

« Pourquoi écrire » est une question comprenant de nombreuses réponses que je ne puis toutes citer. On n’écrit pas forcément pour être lu mais aussi simplement pour soi. On écrit pour sortir de sa bulle, pour communiquer avec l’extérieur si on est prisonnier, pour oublier son monde, sa vie, sa réalité, pour voyager, pour comprendre, pour transmettre des connaissances, pour faire passer quelque chose : des sentiments, des émotions. Écrire est le propre de la race humaine. Je pense que nous avons tous une raison différente d’écrire bien ancrée au fond de nous et qui change au cours du temps. Mettre des mots sur une feuille de papier, c’est surtout, écrire pour changer, et changer, c’est gagner sa liberté !

La lecture permet de prendre de la hauteur, de se libérer de certaines tensions, amortir certains conflits et émotions, rêver. Lire un livre est toujours une découverte, une aventure, une rencontre avec soi, les autres et le monde. Evadons nous par le rêve, c’est un moyen de résister à la pression, à la frustration ; c’est une possibilité offerte de bien se préparer à un prochain chemin ; c’est un cheminement intérieur qui ouvre des portes et des espérances.

Evadons nous par l’écriture et la lecture !

Je vous conseille la lecture d’un ouvrage collaboratif, qui vient de paraitre « Mon rêve est sur le Chemin ». Il est proposé par l’Association Compostelle45 et édité par les éditions L’Harmattan (ISBN : 978-2-343-19088-4). Cet ouvrage recueille des récits et témoignages de pèlerins. Nous les découvrons hors de leur zone de confort, ils y racontent leur vie sur le chemin, leurs joies, leurs souffrances, leurs réflexions, leur spiritualité, leurs rencontres. Toutes ces personnes ont écrit, elles ont voulu partager leurs expériences, réflexions et motivations. Elles ont voulu traduire que les mots tout comme les pas aident à prendre de la distance avec un quotidien monotone et ennuyeux.

La magnifique préface de ce livre, rédigée par Patrick L., résume bien mon propos, l’immobilité n’empêche pas de réfléchir à soi et à son Chemin : « Dans le silence et ma solitude, je n’entends plus que mon essentiel ».