Hospitalité et Donativo

Image_cheminLe long du chemin de Saint Jacques, certaines familles accueillent le voyageur le soir venu pour leur offrir le gîte et le couvert. Cette tradition d’hospitalité a toujours existé sur les chemins de pèlerinage, l’étranger « pèlerin » était le bienvenu lorsqu’il arrivait et demandait de l’assistance. La pratique de l’accueil libre était particulièrement développée dans les communautés religieuses et les familles chrétiennes qui voyaient dans celui-ci la possibilité de partager ce qu’elles avaient reçu.

L’accueil libre est propre à l’esprit du pèlerinage. Aujourd’hui, cette pratique a été reprise par les « accueils familiaux » et « accueils jacquaires » proposés par les associations jacquaires, souvent, créées par d’anciens pèlerins qui, dans un esprit humaniste et de partage d’expérience du chemin, ont souhaité ouvrir leur porte aux pèlerins en excluant toute tarification des prestations fournies. Cet accueil propose un hébergement d’appoint occasionnel qui n’est pas censé être régulier ni lucratif ; il est assuré par les maîtres de maison, chez eux, à la table commune pour des marcheurs qui doivent être reconnaissants de ce qui leur est offert, sans exiger davantage.

L’accueil libre est toujours à participation libre pour le pèlerin. A l’origine, cette participation, appelée « donativo », terme espagnol que l’on pourrait traduire par « don », était exclusivement réservée à la contribution que l’on donnait dans les accueils « chrétiens » (église, couvents, monastères, etc.) sur les chemins espagnols. Aujourd’hui, le « donativo » est pratiqué par les accueils qu’ils soient chrétiens ou laïques sur tous les Chemins de pèlerinage en France et en Europe.

La libre participation est un choix pour les hébergeurs désireux de proposer un accueil ouvert à tous les pèlerins, sans la barrière d’un tarif générateur d’exclusion, bien que celle-ci soit utile, voire nécessaire, pour assurer l’entretien du gîte et la couverture des frais. Souvent la participation est financière mais elle peut être fournie sous la forme de temps de travail ou autre service. Dans le cas d’une participation financière, son montant est laissé à l’initiative du pèlerin. Lorsque la famille d’accueil est liée à une association, l’offrande versée pourra être remise en partie ou en totalité à celle-ci, à la libre appréciation de l’hébergeant.

« Donativo » ne veut pas dire gratuit, le pèlerin donne ce qu’il peut ou ce qu’il veut. Vos hôtes se doivent d’être honnêtes, respectueux et cherchent à faire correctement leur travail. Ils vous portent attention et prennent soin de vous. Ils sont généreux et à votre écoute car vous n’êtes pas de simples clients, vous êtes des Pèlerins. Partager, notamment du temps, fait partie de leur contrat moral pour donner du sens à leur action et leur vie. En conséquence, c’est à chacun, par honnêteté et avec un peu de bon sens, de déposer à son départ, selon ses moyens et selon la perception qu’il a de l’accueil, une somme, donc un don, en adéquation avec les frais engagés et le service rendu. Rien n’empêche d’être généreux car tu repars avec la richesse d’un moment de fraternité, de rencontre avec l’autre différent de toi.

Les accueils dits « donativo » ne respectant pas ces règles en imposant, par exemple, un prix aux marcheurs sont dans l’illégalité. Cette pratique est assimilée à de la concurrence déloyale : l’accueillant devrait en effet déclarer son activité en mairie et payer des impôts correspondant à son chiffre d’affaires, au même titre que n’importe quel autre hébergeur professionnel.

En conclusion, respectons l’esprit du « donativo » pratiqué par les accueils chrétiens, familiaux, jacquaires des Chemins de Pèlerinages car ceux-ci ne sont ce qu’ils sont que parce qu’ils nous proposent un modèle social privilégiant le partage et le don de soi au service de l’autre bien différent du modèle actuel basé sur l’individualisme et l’intolérance.